LA BIBLIOTHÈQUE UKRAINIENNE

SYMON PETLURA À PARIS

(Petit historique)

 

   

6, rue de la Palestine – 75019 Paris

tel/fax : (33) 0142022956

e-mail : ukrainienne.bibliotheque@wanadoo.fr

   

Après l'intégration de l'Ukraine à l'Union soviétique, une partie de l'intelligentsia et du Gouvernement ukrainien en exil ainsi que le Président du Directoire de la République ukrainienne, Symon Petlura, s'installent à Paris.

L'ambition de Symon Petlura était de créer à Paris « un centre culturel ukrainien ». Dans un de ses articles paru dans la revue « Tryzub », il écrivait  : «  Notre place est en Europe… Oui, nous sommes européens territorialement, physiquement, psychologiquement. Nous sommes européens par notre conception du monde et par nos traditions héritées de nos ancêtres. Partout en Europe il y a les traces de nos liens étroits avec l'Occident… »  ( Tryzub, n° 14, 17 janvier 1926, pp.1-2).

Poursuivant son idée, quelques semaines avant de tomber sous les balles d'un agent de Moscou, Symon Petlura rédigeait une projet pour la fondation de la bibliothèque «  Il est évident que la création d'une bibliothèque ne pourra se faire que sur la base de dons de livres, de périodiques, de journaux de la part des institutions ukrainiennes mais aussi des maisons d'édition, des organismes, des personnes privées qui comprennent l'importance de l'existence d'une telle institution culturelle… La Bibliothèque doit voir le jour » ( Tryzub n° 178, 25 mai 1929, pp18-22)

 

LA BIBLIOTHÈQUE UKRAINIENNE AVANT LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

 

Dès le printemps 1927 la Bibliothèque ukrainienne commence à fonctionner. Tout d'abord dans les locaux du journal Tryzub , 19 rue des Gobelins dans le 13-ème, mais devant l'afflux d'ouvrages, de documents, d'archives, d'objets de musée, elle déménage pour des locaux de plus en plus grands, en 1929 elle s'installe dans un grand cinq pièces au 41 rue de la Tour d'Auvergne dans le 9-ème.

Et elle est enregistrée à la Préfecture de Police de Paris, le 24 mai 1929, comme association loi 1901 ( Journal Officiel du 19 juin 1929, p. n° 6799)

 

-activités de la bibliothèque

Comme toute bibliothèque, la vocation première de la Bibliothèque ukrainienne était de collectionner les livres, les périodiques et les journaux pour les mettre à la disposition des lecteurs et des chercheurs.

Le premier bibliothécaire, Ivan Rudicev, notait qu'en 1931 elle dénombrait 7052 ouvrages et 50 titres de périodiques (Compte-rendu d'activité de 1931). En 1939, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale elle comptait 18000 titres et plus de 500 titres de périodiques ( Bulletin d'information de la BUSP , n° 18, mai 1967 et n° 38, mai 1977).

Au fil du temps la Bibliothèque s'était également enrichie de collections de photos, de cartes postales et de diapositives, de cartes de géographie anciennes et modernes, d'albums (blasons ukrainiens, ex-libris). Elle possédait aussi une collection complète de timbres-poste et de billets de banque de l'époque de l'indépendance -1917-1920- Dans le musée attenant, outre les objets personnels ayant appartenu à Symon Petlura et le mobilier de son bureau, on pouvait voir les drapeaux des unités de l'armée ukrainienne, des œuvres d'art, des portraits, des tableaux, des dessins, des peintures et des sculptures d'artistes ukrainiens ainsi que des collections d'art populaire comme des broderies, des poteries ou des objets incrustés (Compte-rendu d'activité de 1938)

La Bibliothèque avait aussi un important fond d'archives constitué par les dossiers du Gouvernement en exil, les dossiers de la rédaction du journal Tryzub , les archives des diplomates ukrainiens installés en France et quelques autres personnalités, les archives de plusieurs organisations d'émigrés en France, des partis politiques, de l'association des anciens combattants ukrainiens… (Patricia KENNEDY-GRIMSTED , The Postwar Fate of the Petlurian Library and the Records of the Ukrainian National Republic , Harvard Ukrainian Studies XXI (3/4) 1997, pp. 393-461)

Pour faire connaître l'Ukraine en province et aider au développement culturel des communautés ukrainiennes, la Bibliothèque avait ouvert des filiales à Vesines-Chalette s/Loing, à Audun-le-Tiche en Moselle, à Lyon, à Grenoble, à Esch s/Alzette au Luxembourg

 

- Les relations avec le public

La Bibliothèque était fréquentée par un public très diversifié, de simples lecteurs, des chercheurs, des personnalités du monde scientifique et littéraire, des diplomates comme l'ancien ambassadeur en Iran, Charles Bonin, qui avait même fait don d'une partie de sa bibliothèque soit près de 2000 livres dont certains d'une grande valeur et près de 1500 journaux et revues (Compte-rendu d'activité de 1931).

La Bibliothèque figurait dans les répertoires spécialisés, et les différents catalogues des bibliothèques ( Tryzub , n° 543, 15 novembre 1936, p. 11). Elle avait développé un service de prêt et d'échanges avec d'autres organismes comme la Bibliothèque Nationale de France, la Bibliothèque des armées de Vincennes ( Tryzub , n° 622, 29 mai 1938, p. 27), la Bibliothèque Hoover aux Etats-Unis, la Bibliothèque du British Museum, ainsi que l'Institut Chevtchenko de Lviv et les instituts ukrainiens qui s'étaient créés à Varsovie, Prague et Berlin.

 

-Les conférences

En collaboration avec le Cercle d'Etudes ukrainiennes et le Cercle de Prométhée , la Bibliothèque organisait, dans sa salle de lecture, des conférences données par des spécialistes résidant en France ou de passage à Paris. Les thèmes traités étaient des plus divers : art, industrie, agriculture, musique, cinéma, scoutisme, langue, préhistoire, littérature, peinture…(On peut retrouver les dates de ces conférences et leurs titres en feuilletant le journal Tryzub ). Ces conférences visaient soit un public ukrainophone, soit un public francophone.

 

-Les expositions

La Bibliothèque organisait elle-même des expositions dans ses locaux ou bien participait à des expositions à l'extérieur.

La réalisation la plus marquante a été en 1937 l'exposition sur Ivan Mazeppa , le héros malheureux de la lutte pour l'indépendance de l'Ukraine aux côtés des Suédois, au début du XVIII-ème siècle, ( Tryzub n° 580-81, 8 août 1937, pp. 7-11 et n° 622, 29 mai 1938, p.26) L'exposition était axée sur les relations ukraino-suédoises. Outre les documents que possédait la Bibliothèque, des originaux avaient été prêtés par le musée de Lviv. A cette occasion, deux conférences avaient attiré un large public : l'Evangile en langue arabe (ouvrage édité à Alep en 1708 grâce au financement d'Ivan Mazeppa), thème insolite exposé par Vjatcheslav Prokopovytch et la légende de Mazeppa dans la musique par le compositeur Jurij Ponomarenko.

Pour l'Exposition Universelle de Bruxelles de 1935 , la Bibliothèque ukrainienne avait prêté des documents et un certain nombre d'objets, exposés au Palais Mondial et au Musée royal de l'Armée. De même, à l'Exposition Universelle de Paris en 1937, grâce à l'aide de la Ligue des Nations , elle avait obtenu un stand de presse et de publications

 

Malheureusement ce phare de la culture ukrainienne en Occident s'éteindra brutalement avec l'occupation allemande. Le 22 octobre 1940, la Bibliothèque ukrainienne est saisie par la Gestapo allemande sous les ordres de Georg Leibbrandt (Geheime Felpolizeigruppe 540). Le tout (livres, périodiques, archives, objets du musée) est entassé dans une centaine de caisses et déménagé les 21/22 janvier 1941 en direction de Berlin.

Après expertise par les forces de sécurité du Ministère des Affaires étrangères du Reich, la Bibliothèque ukrainienne est intégrée comme les bibliothèques russe et polonaise de Paris, à la Grande Bibliothèque orientale (ostbücherei) supervisée par Alfred Rosenberg.

A cause des bombardements Alliés sur Berlin (été 1943), le centre de recherche sur les pays de l'Est européen d'Alfred Rosenberg (ERR –Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg) et la Bibliothèque orientale sont évacués sur Ratibor ( Raciborz, actuellement en Pologne ). En 1945 à l'approche de l'armée rouge, ne pouvant être évacués, l'ensemble des livres documents et archives sont abandonnés. Et c'est le professeur de Harvard Patricia Kennedy Grismted qui à la chute de l'Union soviétique a découvert que la Bibliothèque ukrainienne, du moins une grande partie de ses archives n'avaient pas disparu. Nos archives se trouvent actuellement dans différents lieux à Moscou.

Depuis 1998 que j'ai repris la direction de la Bibliothèque, je suis en contact avec la direction du patrimoine du Ministère des Affaires Etrangères qui s'occupe de la restitution des biens spoliés. Malheureusement les réunions des commissions mixtes n'ont donné aucun résultat jusqu'à présent et d'ailleurs depuis plus de deux ans je n'ai plus de nouvelles.

 

LA BIBLIOTHÈQUE UKRAINIENNE APRÈS LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

 

La Bibliothèque ukrainienne avait donc été entièrement pillée par les Allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale, aussi, c'est avec presque rien qu'elle recommence à fonctionner le 24 avril 1946 dans le petit local de l'ancienne Mission ukrainienne (à la Conférence de la Paix) -24 rue de la Glacière dans le 13-ème- Ivan Rudicev y reprend sa place de bibliothécaire avec tristesse et amertume car il n'avait réussi à sauver que 57 livres et quelques journaux.

Actuellement, logée 6 rue de la Palestine dans le 19-ème, la Bibliothèque est redevenue, ce centre culturel qu'elle avait été avant la Guerre, des étudiants et chercheurs venus du monde entier, je veux dire par là non seulement du monde occidental mais aussi de l'ancien bloc soviétique s'adressent à nous.

Elle organise ou prend part à des expositions (livres, œufs décorés, philatélie) et organise aussi des conférences et des journées d'études parfois avec la participation de l'AFEU (Association Française des Etudes Ukrainiennes), la Société Scientifique Chevtchenko , l'INALCO.

Petit à petit la Bibliothèque s'est reconstituée, elle compte actuellement près de 29000 titres et plus de trois cents titres de périodiques anciens et nouveaux. Malheureusement ces nouvelles acquisitions depuis 1946 ne compensent pas les spoliations subies durant la Guerre.

Actuellement la Bibliothèque se modernise, nous adoptons un catalogage international et nous avons entrepris son informatisation .

Depuis la Révolution orange en Ukraine nous sommes beaucoup sollicitées, la France a découvert ou redécouvert à cette occasion un pays qui s'appelle l'Ukraine et nous contribuons à apporter des réponses aux interrogations et aux demandes les plus diverses : documentation pour des émissions de télévision : histoire de l'Ukraine pour « le dessous des cartes » Holodomor pour « Les mercredi de l'histoire », les pyssanky pour la « 6 ». Illustration de Noël pour le journal « Ouest France », documentation pour la préparation de reportages en Ukraine de journalistes…

La Bibliothèque a un statut associatif et ne vit que de cotisations et de dons et poursuit depuis plus de 80 ans, en Europe occidentale, son rôle culturel.

 

Jaroslava Josypyszyn

Directrice de la Bibliothèque